Eau gratuite au restaurant : la loi et comment l'écrire
Carafe gratuite, eau filtrée ou gazeuse payante : ce que dit la loi en France, ce que permet l'Europe, et comment l'écrire sur la carte sans gêner personne.
« Plate ou gazeuse ? » La question tombe avant même que la carte soit ouverte. En face, un client qui voulait simplement un verre d'eau du robinet. Il hésite une seconde — demander une carafe, à cet instant, ressemble à un aveu d'avarice — et il répond « plate ». À l'addition, il découvre une bouteille à un prix qu'il n'avait vu nulle part. Personne n'a vraiment menti. Mais ce client-là ne recommandera pas l'adresse.
Notre réponse est simple : l'eau du robinet, gratuite, sur simple demande, toujours. Ce qui peut se payer, c'est un service en plus — eau microfiltrée, gazéifiée, servie fraîche en bouteille de verre, eau minérale en bouteille — et seulement s'il est écrit sur la carte, avec son prix. En France, la première moitié de cette phrase n'est pas qu'une opinion : c'est la loi. Voici ce que prévoient les textes, pourquoi nous pensons que c'est juste, et comment l'écrire et le proposer sans gêne.
Ce que dit la loi en France
Cet article n'est pas un avis juridique. Textes relus le 24 septembre 2026 ; pour votre cas, voyez votre conseil ou la DGCCRF.
Le texte de référence est l'article L541-15-10 du Code de l'environnement : restaurants et débits de boissons « doivent donner accès à leurs clients à une eau potable fraîche ou tempérée », et sont tenus d'indiquer, « de manière visible sur leur carte ou sur un espace d'affichage », que l'on peut demander de l'eau potable gratuite. Ce qu'on peut en retenir, prudemment :
- La gratuité doit se voir, sur la carte ou par affichage. C'est à vous de la dire, pas au client de connaître la loi.
- Elle est due à vos clients — « leurs clients », dit le texte —, pas à tous les passants.
- Vendre de l'eau reste permis. L'arrêté du 27 mars 1987 range même « une eau minérale plate ou gazeuse », contenance servie, parmi les prix à afficher à l'extérieur. L'option gratuite doit simplement exister, et se savoir.
Carte uniquement en ligne, derrière un QR code ? Le texte ne précise pas si cela suffit : posez la question à votre conseil. Quant à l'arrêté de 1967, souvent cité, qui inclurait le pain et l'eau dans le prix du repas, nous n'avons pas pu en vérifier la version en vigueur : nous ne nous appuyons pas dessus.
Et ailleurs en Europe ?
La directive (UE) 2020/2184 sur l'eau potable demande aux États de promouvoir l'eau du robinet. Parmi les mesures qu'ils peuvent prendre, son article 16 cite celle d'« encourager » la fourniture de cette eau aux clients des restaurants, des cantines et des services de restauration, « à titre gratuit ou moyennant des frais de services peu élevés ». L'Europe n'impose donc pas la gratuité : elle laisse la main aux États, et admet même un petit prix.
Certains pays sont allés plus loin :
- Espagne. La loi 7/2022 sur les déchets (article 18.3) impose aux établissements d'hôtellerie et de restauration d'offrir toujours la possibilité de consommer de l'eau non embouteillée, gratuitement et en complément de leur offre.
- Angleterre et pays de Galles. Parmi les conditions obligatoires des licences de vente d'alcool figure l'eau potable gratuite sur demande, « lorsqu'elle est raisonnablement disponible ».
En résumé : en France comme en Espagne, la règle vise tous les restaurants ; outre-Manche, elle passe par la licence d'alcool ; au niveau européen, c'est une incitation, pas une obligation.
Pourquoi nous pensons que la carafe doit être gratuite
Ici, c'est notre avis — pas la loi.
L'eau est un bien commun. Le Code de l'environnement l'écrit en toutes lettres : « L'eau fait partie du patrimoine commun de la nation. » Un verre d'eau du robinet n'est pas un produit de la maison : c'est l'eau du réseau public, celle qui coule à votre évier. Le facturer, c'est facturer l'hospitalité elle-même.
La confiance se joue dans les deux premières minutes. Le client qui se sent piégé sur l'eau passera la soirée à surveiller l'addition. Celui à qui l'on apporte une carafe sans un regard de travers sait déjà comment il va être traité. Il écoutera plus volontiers la suggestion du jour ou l'accord proposé par votre carte des vins.
Chaque bouteille est un emballage. Il faut la produire, la transporter, puis la collecter ou la laver ; l'eau du robinet arrive par le tuyau. Il ne s'agit pas de bannir les bouteilles — certains clients tiennent à leur marque, et c'est leur droit — mais la réponse par défaut ne devrait pas être un emballage. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'obligation française figure dans un article du Code de l'environnement qui traite surtout du plastique à usage unique.
Ce qui peut se payer, honnêtement
Faire payer une eau n'a rien de honteux quand il y a un vrai service derrière :
- l'eau microfiltrée, qui suppose un système de filtration, son entretien et ses cartouches ;
- l'eau gazéifiée sur place, avec sa machine et son gaz ;
- l'eau servie en bouteille de verre, rafraîchie, lavée et remplie par vos soins ;
- l'eau minérale ou de source en bouteille, pour qui veut une marque ou une origine précise.
Trois règles, à notre avis, font la différence entre un service et un piège :
- C'est écrit sur la carte, avec le prix et la contenance.
- Cela ne remplace jamais la carafe gratuite. Les deux existent, et la carafe est nommée au moins aussi clairement que le reste.
- La salle ne présente pas l'eau payante comme la seule option.
Un mot sur « fraîche ou tempérée » : la loi vous laisse le choix de la température. Notre conseil : servez la carafe fraîche. Faire payer le simple fait que l'eau soit froide paraîtra toujours mesquin.
Comment l'écrire sur la carte
Un exemple de rubrique. Les prix sont des prix d'exemple, à remplacer par les vôtres.
En tête de la rubrique « Eaux » : La carafe d'eau du robinet est offerte : il suffit de la demander.
- Eau microfiltrée plate, carafe 1 l — filtrée sur place à partir de l'eau du réseau — 3,00 €
- Eau microfiltrée gazeuse, carafe 1 l — gazéifiée sur place, servie fraîche — 3,50 €
- Eau minérale plate [marque], bouteille 75 cl — 5,50 €
- Eau gazeuse [marque], bouteille 50 cl — 4,50 €
Quelques détails qui comptent :
- La phrase sur la carafe est en tête, pas dans une note en bas de page.
- La contenance est toujours indiquée. Un prix sans volume ne dit pas grand-chose ; c'est aussi ce que demande l'arrêté de 1987 pour l'eau minérale affichée à l'extérieur.
- L'eau filtrée dit ce qu'elle est : de l'eau du réseau, filtrée chez vous. Ne lui donnez pas un nom qui laisse croire à une eau en bouteille.
- La mention se traduit. « Carafe » ne dit rien à beaucoup de visiteurs étrangers, et certains viennent de pays où l'eau du robinet ne se boit pas : écrivez une phrase claire, que la traduction rendra telle quelle (voir notre guide pour traduire la carte).
Sur la façon de présenter les prix eux-mêmes, sans artifices, voir notre article sur la psychologie des prix de la carte.
En salle : la question qui ne gêne personne
« Plate ou gazeuse ? » n'est pas une question neutre : elle ne laisse pas de place à la carafe. Quelques formulations qui la remettent sur la table :
- « Je vous apporte une carafe d'eau ? Nous avons aussi de l'eau filtrée, plate ou gazeuse, et des bouteilles. »
- « Pour l'eau : carafe, eau filtrée ou bouteille ? »
- Et quand le client demande une carafe : « Bien sûr », tout de suite, avec des verres, et on la remplit sans attendre qu'il la réclame.
Pour l'équipe, le message est simple : une carafe n'est pas une vente perdue. Pas de soupir, pas de carafe tiède oubliée au passe. Certaines maisons la posent sur la table dès l'installation : l'eau filtrée ou gazeuse redevient ce qu'elle doit être, une proposition.
Ce qui convainc vraiment les clients
- Une carafe généreuse, fraîche, remplie à temps : un geste de service, pas une concession.
- L'eau payante présentée comme un choix, avec une raison : les bulles fines de la gazeuse maison, pas de bouteille à jeter.
- Des prix visibles avant de commander : le client accepte ce qu'il a choisi en connaissance de cause, pas la surprise.
Et si l'objectif est le ticket moyen, l'eau n'est pas le bon levier : les sept leviers honnêtes du ticket moyen passent par la carte, les desserts et les accords, pas par la carafe.
Avec Menudetto
Menudetto ne décide pas de votre politique sur l'eau et ne vérifie pas la conformité juridique de votre carte. Il met la rubrique « Eaux » en ligne, juste et à jour :
- chaque ligne a un nom, une description et un prix. Écrivez la gratuité de la carafe en toutes lettres dans une description — celle de la première eau de la rubrique, par exemple — plutôt que de créer une ligne à zéro, qui s'afficherait « € 0,00 » ;
- vous ajoutez ou modifiez les lignes en écrivant ou en parlant à l'assistant : « ajoute dans les boissons une eau microfiltrée gazeuse, carafe 1 l, à 3,50 € » ;
- le client lit la carte dans sa langue (six langues avec l'offre gratuite, trente-trois avec Pro) : le visiteur étranger apprend que la carafe est offerte avant même l'arrivée du serveur ;
- si la machine à eau gazeuse tombe en panne, la ligne passe en « épuisé » d'un geste, et la carte le dit tout de suite ;
- à la publication, vous pouvez recevoir par mail les PDF de la carte, du QR code et des allergènes, si vous voulez aussi une version imprimée.
Essayez Menudetto gratuitement : écrivez la rubrique Eaux une bonne fois, et la réponse à « Plate ou gazeuse ? » est déjà sur la carte.
En résumé
Au restaurant, la carafe d'eau du robinet est gratuite ; seul un service en plus peut se payer, écrit sur la carte avec son prix. En France, l'article L541-15-10 du Code de l'environnement impose d'annoncer l'eau potable gratuite sur la carte ou par affichage, et de la servir fraîche ou tempérée. Le reste est une affaire de rédaction et de ton : la carafe nommée en premier, les eaux payantes avec contenance et prix, une question en salle qui laisse le choix. Cet article est un guide pratique, pas un avis juridique.
Questions fréquentes
Un restaurant est-il obligé de servir de l'eau gratuite en France ?
Oui. L'article L541-15-10 du Code de l'environnement oblige les établissements de restauration et les débits de boissons à indiquer de manière visible, sur la carte ou par un affichage, que les consommateurs peuvent demander de l'eau potable gratuite, et à donner accès à leurs clients à une eau potable fraîche ou tempérée. Pour votre cas précis, adressez-vous à votre conseil ou à la DGCCRF : cet article n'est pas un avis juridique.
Peut-on faire payer l'eau microfiltrée ou gazeuse ?
Les textes cités n'interdisent pas de vendre de l'eau en plus de l'eau gratuite. Notre règle : le prix et la contenance sont écrits sur la carte, l'eau payante ne remplace jamais la carafe gratuite, et la salle ne la présente pas comme la seule option. Faites confirmer votre cas par votre conseil.
Que faut-il écrire sur la carte à propos de l'eau ?
Une phrase visible qui dit que l'eau du robinet est gratuite sur demande, par exemple « La carafe d'eau du robinet est offerte : il suffit de la demander », placée en tête de la rubrique Eaux. Puis les eaux payantes, chacune avec sa contenance et son prix. La loi admet aussi, à la place de la carte, un espace d'affichage.
Et l'eau en bouteille ?
Vous pouvez la vendre. L'arrêté du 27 mars 1987 cite d'ailleurs « une eau minérale plate ou gazeuse », avec la contenance servie, parmi les prix que les établissements servant des boissons doivent afficher à l'extérieur. La bouteille est une option de plus : elle ne dispense pas de l'eau potable gratuite.
L'Union européenne impose-t-elle l'eau gratuite au restaurant ?
Non. La directive (UE) 2020/2184, article 16, permet aux États d'encourager la fourniture d'eau du robinet aux clients des restaurants, gratuitement ou pour de faibles frais de service. Certains pays vont plus loin : la France et l'Espagne l'imposent par la loi, l'Angleterre et le pays de Galles en font une condition des licences de vente d'alcool.